Savez-vous qu’un fantôme mathématique hante actuellement votre entreprise ?

L’avez-vous rencontré ?

Voici un article invité de Florent FOUQUE, l’auteur de L’antibible du Contrôle de Gestion, et l’animateur du site http://www.excellence-operationnelle.tv destiné à démocratiser les outils de la performance.

Oui, un fantôme mathématique… Et la mauvaise nouvelle, c’est qu’il ne s’agit pas d’un gentil Gasper mais plutôt d’un très méchant fantôme qui vous joue constamment des tours. Résultat de cette présence malsaine : des décisions de gestion qui vont à l’encontre de la performance de votre entreprise.

A ce stade de mon billet, vous êtes soit dubitatif, soit intrigué… Dans tous les cas, vous souhaitez que je vous parle de chose un peu plus concrète que de fantômes…

Pas de problème, du fantôme mathématique à vos outils de gestion il n’y a qu’un pas !

Le fantôme mathématique qui hante votre entreprise c’est votre calcul des coûts de revient.

Pourquoi ? Car il consiste à effectuer une réallocation des coûts. Et quoique vous décidiez sur la façon de réallouer ces coûts, le calcul que vous ferez RESTERA virtuel. Pourquoi virtuel ? Car cette répartition ne s’appuie sur aucune réalité ?

Vous décidez de réallouer les charges salariales sur la base de vos gammes de fabrication ? Vos gammes de fabrication sont virtuelles ! La réalité ne correspond JAMAIS à ce que vous avez renseigné dans vos gammes.

Vous décidez de réallouer les charges de fonctionnement sur la base du CA généré par les produits ? Mais alors pourquoi devriez-vous pénaliser les produits à forte valeur ajoutée ? Ok vous allez me dire que vous le faites sur la base des quantités vendues… Mais alors pourquoi devriez-vous pénaliser les produits à fort volume ?

Bref, le message que j’essaie de faire passer c’est que l’allocation des coûts ne repose sur rien de tangible et que cela n’a pas de sens de procéder à une réallocation des charges fixes et des charges semi-variable (intérimaire par exemple).

Je vous sens dubitatif… Mais Florent, voyons ! Il faut bien connaître la structure de ses coûts pour piloter son entreprise !!! Même si les règles d’allocation des coûts sont subjectives, elles ont le mérite d’exister et de nous donner une certaine image de la réalité…

Non, non, et non ! Oui pour avoir une image floue quand il n’est pas possible d’avoir une image détaillée de la réalité. Mais non pour avoir une image fausse de la réalité (si tant est que LA réalité existe… mais ne rentrons pas dans ce débat !). ;-)

Pour mieux comprendre ce problème, refaisons l’histoire de ce fantôme mathématique… Comme tout fantôme, celui-ci a vécu son heure de gloire. Puis un évènement traumatisant l’a contraint à rester dans les mûrs de nos entreprises plutôt que de disparaître paisiblement.

Retraçons donc la vie de ce fantôme avant qu’il n’en devienne un ! ;-)

A l’époque des 30 glorieuses, les entreprises étaient florissantes, la question des coûts ne se posait pas, car la croissance et la rentabilité étaient au rendez-vous tous les ans.

Puis est arrivé un moment où la concurrence devenait de plus en plus forte et que les questions de gestion devenaient de plus en plus présentes. A cette époque, la part des matières premières dans les produits représentait la majorité des coûts et la plupart des entreprises ne produisaient qu’un seul produit.

Puis les années ont passé et le contexte a quelque peu évolué. Les entreprises se sont mises à construire des gammes de produits pour répondre au plus prêt des besoins des consommateurs. Il devenait donc urgent d’affecter sur tous les articles les charges fixes. C’est ce qui a été fait avec les allocations des coûts sur la base des clés de répartition.

Mais à cette époque les charges fixes pesaient encore de façon très faible sur toutes les charges… Le calcul des coûts complets était donc encore relativement robuste et efficace.

C’était l’heure de gloire du calcul des coûts de revient !

Et puis les décennies ont passé… Les volumes de vente ont augmenté… Les gains sur achat se sont développés… Les coûts des matières premières ont perdu du terrain sur les charges fixes…

C’est à ce moment-là que le calcul des coûts de revient est devenu un fantôme malfaisant… Car les coûts rattachés aux produits n’étaient plus « assez » représentatifs d’une réalité tangible.

Comme tout bon fantôme, ce fantôme mathématique a bien essayé d’évoluer avec son temps… Cela a donné naissance à la méthode ABC… Mais on le sait tous, un fantôme ne peut plus évoluer. Il est bloqué dans son espace temporel…

Alors, il erre et sévit dans nos entreprises… Personne ne s’aperçoit qu’il est toujours là et qu’il fait de sérieux dégâts…

Parfois on remarque quand même un peu sa présence, mais sans trop savoir l’identifier… Bah oui, c’est un fantôme ! ;-)

D’autant plus que ce fantôme mathématique est sournois, car il peut passer d’un produit à l’autre sans que vous ne vous en aperceviez…

Laissez-moi finir sur une anecdote… Un jour que j’expliquais ce phénomène du fantôme mathématique à l’occasion d’une conférence, une des personnes dans la salle m’explique que le calcul des coûts de revient qu’ils avaient effectué dans son entreprise, les avait conduits à supprimer un des produits de leur gamme, car celui-ci n’était pas assez rentable. Le mois suivant, ils ont relancé le calcul pour voir si la situation de l’entreprise s’était améliorée… Mais vous savez quoi ? Elle s’était dégradée… Et maintenant ça n’était plus 1 produit qui apparaissait comme non rentable, mais 3… Après quelques instants de réflexion, ils avaient compris que s’ils supprimaient un produit de leur portefeuille, inexorablement les charges qui lui étaient affectées iraient se réaffecter aux autres produits pour les pénaliser irrémédiablement. Le problème c’est qu’à ce jeu-là, autant fermer tout de suite l’entreprise, car à supprimer les articles non rentables, au bout de quelques itérations, il ne restera rien à vendre.

Alors, convaincus qu’un fantôme mathématique hante votre entreprise… ? ;-)

my finance